Mesdames, Messieurs, Chères et Chers Amis,
Nous sommes venus nombreux, une fois encore, pour dire notre détermination à voir les valeurs portées par l’universalisme français - c’est-à-dire par une certaine conception de la liberté, de la justice, de la démocratie et de l’Etat de droit - endiguer la montée de l’extrême droite dans notre pays, mais aussi partout en Europe. Aujourd’hui ce sont les Françaises et les Français qu’il nous faut rassembler.
Beaucoup sont désespérés par le bruit des dégagismes et le désordre politique et institutionnel inédit où des décisions hasardeuses ont plongé notre pays. A notre peuple nous devons redonner confiance, et faire naître en lui à nouveau l’espérance.
C’est le sens de notre rassemblement. Oui rassembler, rassembler sans trêve ni pause les républicains ardents, les humanistes, les universalistes, les démocrates, autrement dit les Françaises et les Français. Ceux qui se refusent à demeurer inertes face au risque de décrochage de leur pays, parce qu’ils croient en ses talents et qu’ils ne doutent pas de ses chances.
Nos compatriotes, pour une immense majorité d’entre eux, j’en suis convaincu, ne se résignent pas au grand fracas des outrances, à la stratégie de l’affrontement de tous contre tous, à l’ascension de l’extrême droite jusqu’aux portes du pouvoir. Ils savent que nous pouvons gagner, si nous sommes unis autour de lignes claires.
Alors merci à toutes celles et tous ceux qui ont compris le sens de notre démarche qui ont accepté d’être ensemble aujourd’hui, merci aux syndicalistes qui ont débattu, merci au prix Nobel d’économie, Philippe Aghion et aux universitaires qui ont bien voulu dispenser un peu de leur temps précieux pour nous éclairer de leurs lumières. Merci à Raphael Glucksmann, François Hollande, Carole Delga, Hélène Geoffroy, Stéphane Le Foll, aux maires, aux parlementaires, à toutes les composantes de La Convention pour leur présence. Vous êtes chez vous avec nous, comme nous aspirons à être chez nous avec vous, car il nous faudra bien constituer une force et faire se lever des millions de Françaises et de Français, si nous voulons créer les conditions pour que la France continue.
Dans l'histoire parfois, le réel s'impose avec une force telle qu’aucun discours, aucune fiction ni aucun compromis ne peut parvenir à contenir. Tôt ou tard les illusions finissent par se briser sur l'écueil des faits. Nous en sommes là, désormais et comme Nation nous vivons l'un de ces moments historiques où tout semble se défaire, où l'urgence d'agir devient absolue.
Les Français lucides ressentent dans leur cœur et dans leur chair le poids de cette époque. Ils en portent les stigmates dans leur vie quotidienne. Leur colère porte le témoignage de leurs espoirs déçus. Regarder cette réalité en face n'est pas un acte de courage. C’est un devoir — celui, élémentaire, de ceux qui ont fait le choix de gouverner.
Tandis que la Nation affronte l'épreuve, la politique, elle, semble s'en détourner. Il y a dans ce divorce grandissant entre le peuple et ses représentants quelque chose de profondément troublant et de moralement insoutenable.
Partout, dans les villes et les campagnes, sur les ondes et les réseaux, une même lassitude monte. On la sent se muer en colère. Hier encore, la lassitude était triste. Aujourd’hui, la lassitude est violente. Ce n'est plus l'hésitation d'un peuple incertain, mais le cri de ceux qui se sentent abandonnés.
Or l’histoire nous enseigne que, lorsque les périls s'accumulent, la France peut basculer dans la fièvre et la brutalité. Cette « fièvre hexagonale », comme l'appelait l’historien Michel Winock, n'est jamais bien loin.
Des partis, des clans, des factions même, jouent cyniquement de ces souffrances pour nourrir leurs calculs électoraux. Ils ne cherchent plus à comprendre le pays. Ils le découpent. Ils ne cherchent plus à rassembler, ils opposent, ils divisent, ils instrumentalisent les peurs et les colères pour mieux en tirer profit.
Certains ont su capter le désarroi de ces Français déclassés — ouvriers, employés, artisans, commerçants, cadres moyens, agriculteurs, fonctionnaires. Il est vrai que le déclassement ne connaît plus de frontières et c’est tout le corps social qui vacille, et avec lui, l’idée même d’appartenir à la communauté nationale.
D’autres, qui se réclament encore de la justice, ont fini par en oublier la substance. Ils ont détourné leur regard du progrès social pour se réfugier dans des causes fragmentées, légitimes sans doute, mais déconnectées du quotidien des vies modestes.
Et puis il y a ceux qui, prétendent à eux seuls représenter le peuple et qui se sont laissé griser par la fureur. Mais le tumulte n’est pas une politique. On ne gouverne pas dans la rage. S’y abandonner serait une faute — la faute de tous ceux qui auraient confondu le cri et la vision, en prenant le risque d’assécher l’espérance.
Certains brandissent l'unité du peuple, la « pureté » nationale ou la « convergence des luttes » comme des étendards. Mais quelle convergence y a-t-il entre la cause palestinienne et la défense des droits fondamentaux, quand on bloque des amphithéâtres, quand on veut interdire un chercheur d’expression, quand les réseaux sociaux se déversent en insultes antisémites ? Derrière ces mots se cache toujours le même poison : celui qui ne marche pas dans la file est marqué du sceau de l'ennemi. Il doit être excommunié.
L'antisémitisme est le révélateur implacable de la santé morale d'une nation. Ce que nous observons depuis le 7 octobre 2023 est à la fois triste, honteux et intolérable. Et rien — pas même l’obligation, qui est une obligation morale, de mettre fin à la terrible souffrance des populations de Gaza — ne saurait justifier les déferlements de haine antisémite qui défigurent notre pays.
Car la France, dans son âme profonde, ne choisira jamais entre les douleurs. Elle les reconnaît toutes dans leur commune humanité. Elle ne confondra jamais la défense d'un peuple avec la haine d'un autre.
Mais ne donnons pas plus d’écho à la parole de ceux qui entretiennent la division, et se nourrissent de la misère. Parlons de ceux qui attendent et qui espèrent encore. Parlons donc des Françaises et des Français.
La lucidité, le devoir, exigent que nous regardions nos chers compatriotes dans les yeux pour leur dire : oui, vous avez été entendus. Votre dignité doit être restaurée. Nous allons tout mettre en œuvre pour vous rendre votre niveau de vie, répondre à vos préoccupations sur le pouvoir d’achat en sauvegardant vos droits sociaux et la considération morale qui vous est due par notre République, et ses représentants et qu’à votre tour vous leur devez. Et pour cela nous consentirons tous ensemble aux efforts nécessaires. Nous en sommes capables car ensemble, nous constituons un grand peuple. Voilà la seule direction qui peut permettre à la Nation de renouer avec ses idéaux et de retrouver son unité.
Certains aspirent à la rupture avec tout ce qui nous constitue comme Nation. Mais la seule rupture qui se justifie, est celle qui doit nous conduire à tourner radicalement le dos à l’entre-soi, à la connivence et à la mise en scène qui ont trop souvent bafoué l’action et la vérité. En laissant s’installer la peur, en tolérant que les inégalités se creusent, en transformant la politique en spectacle, alors qu’elle ne devrait jamais cesser d’être un service, ils ont affaibli la confiance du pays. Et c’est cette confiance, aujourd’hui, qu’il nous faut reconstruire - patiemment, sincèrement, radicalement -en renouant avec nos concitoyens et en abandonnant les postures.
Il est une ironie cruelle de l’histoire : alors que les extrêmes sapent les fondements de nos institutions et que des puissances étrangères s’emploient à nous déstabiliser, c’est le sommet de l’État qui, par ses errements, contribue à l’affaissement national. Oui, il faut le dire avec gravité : celui qui est le gardien du pacte républicain ne peut pas en altérer les équilibres. Cinq Premiers ministres en trois ans et demi — un record funeste sous la Ve République. Des gouvernements ballottés au gré des humeurs et des sondages. Une dissolution précipitée, en 2024. Tout cela a réveillé les démons d’une IVe République dont le retour était pour notre génération inconcevable. Le nouveau monde promis en 2017 a engendré le retour des pires travers d’un monde dont le Général de Gaulle avait voulu nous protéger des errements.
Le quinquennat, et l’ego-présidentialisme qui confond pouvoir et verticalité de théâtre, ont vidé la fonction de son rôle d’arbitre et de garant, affaibli l’équilibre des institutions et éloigné les citoyens de leurs représentants. Aussi la France doute et les Français tournent le dos à une classe politique trop souvent coupée du réel. Les sondages comme les scrutins le disent : élus, institutions, partis — le rejet est massif. C’est cette fracture politique et morale qu’il est désormais urgent de réduire si nous voulons à notre tour réduire l’extrême-droite.
Pensant y parvenir, certains, par opportunisme ou par aveuglement, appellent à précipiter les échéances, à renverser, sans se préoccuper des effets dévastateurs du grand chamboule tout qu’ils appellent de leurs voeux. Mais la solution n’est pas dans le fracas : elle est dans le rétablissement patient de la confiance, dans le travail de la raison et de la mesure. Le Président partira, en son temps, démocratiquement. Ce n’est pas une personne qu’il faut atteindre, c’est davantage un désordre qu’il faut réparer.
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Il n’est rien de plus dangereux, en période d’incertitude, que d’affaiblir les institutions qui assurent notre cohésion. Car les dangers qui nous guettent, disons-le, n’ont sans doute jamais été plus grands depuis la fin de la guerre froide. Le monde est en désordre. Les alliances vacillent. Les puissances se défient. La guerre s’invite de nouveau sur le continent européen. Le nationalisme c’est la guerre nous enseignait François Mitterrand, au crépuscule de sa vie. Et le retour des impérialismes c’est la guerre partout, car la force qui prétend submerger le droit international menace la paix et la concorde entre les peuples.
La menace russe sur le flanc oriental de l’Europe n’est pas un souvenir d’histoire : elle est là, brutale, cynique, déterminée. Nos chefs militaires, femmes et hommes de courage et de devoir, nous alertent avec gravité : un conflit de haute et de longue intensité n’est plus une hypothèse lointaine. Ces voix ne parlent pas la langue de la peur, mais celle du réalisme, du service et du sacrifice. Nous devons les écouter, et consacrer à la défense vitale de notre pays tous les efforts nécessaires.
Défendre la France, c’est défendre l’Europe, et défendre l’Ukraine, c’est défendre l’idée même d’un continent libre — celui qui refuse de plier devant la loi du plus fort et qui aspire à défendre la démocratie.
Mais soutenir l’Ukraine, c’est aussi repenser notre propre sécurité et notre rapport à la puissance, pour que la France demeure ce qu’elle a toujours été : une nation libre dans ses choix et responsable de sa force. Il nous faut renouer avec une diplomatie d’indépendance et de clarté : renforcer nos alliances sans nous y dissoudre, être dans l’OTAN sans dépendre de personne pour notre sécurité, construire une Europe de la défense qui la complète sans s’y subordonner. La souveraineté européenne n’est pas un mot : elle est la condition de notre survie politique dans un siècle de rivalités et de fractures, où le concept d’alliance semble s’effacer chez ceux-là même qui ont été, depuis 80 ans, nos plus proches alliés. Lutter pour les souverainetés c’est aussi lutter contre les ingérences étrangères, particulièrement dans nos territoires ultramarins, où notre incapacité à repenser notre relation et à lutter efficacement contre la vie chère à laisser prospérer le ressentiment.
Pour rester crédible, la France doit réarmer — non pour préparer la guerre, mais pour l’éviter et garantir la paix. Cela suppose de consolider notre industrie de défense, d’assumer la priorité que nous lui donnons lorsqu’il s’agit d’acquérir les équipements qui sortent de ses usines, de planifier dans la durée les coopérations technologiques nécessaires, afin que nos armées disposent de tous les moyens et de la reconnaissance qu’exigent leurs missions.
Au-delà des budgets, c’est aussi un lien qu’il faut retisser : celui qui unit la Nation à ceux qui la protègent. Nos armées ne sont pas une institution comme une autre ; ceux qui la servent sont prêts à payer de leur vie le prix de notre liberté.
À ces femmes et à ces hommes, nous devons plus que des moyens : nous leur devons la confiance, le respect et la fierté d’un peuple rassemblé derrière eux. Retisser ce lien entre l’armée et les Français, c’est porter loin l’ambition de la réserve citoyenne pour la Défense de la Nation. Car la défense n’est pas l’affaire du seul gouvernement, mais celle du peuple tout entier. Et la France, quand elle se souvient de ce qu’elle porte, a toujours su faire face aux périls de son temps.
Aujourd’hui encore, c’est cette unité — calme, lucide, résolue — qui fera notre force, et peut-être notre salut.
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La souveraineté ne se défend pas seulement aux frontières de l’Europe ou dans les chancelleries. Elle se gagne aussi, patiemment, dans nos usines, nos ports, nos laboratoires, nos terres, et dans les savoirs que nous transmettons. C’est là, dans le travail et la production, que se joue aussi la liberté des nations. Un pays qui fabrique trop peu de ce qu’il consomme, qui dépend d’autrui pour son énergie, sa technologie ou sa nourriture, prend le risque d’être un jour asservi.
On a voulu faire croire à la France qu’elle pourrait vivre d’économie virtuelle et de croissance importée. Elle a laissé partir ses usines, ses ingénieurs, ses ouvriers, comme on se sépare d’une part de soi-même. Sait-on que la France compte aujourd’hui, aux côtés de Chypre, de Malte, du Luxembourg de la Grèce, parmi les cinq pays les moins industrialisés d’Europe au regard de son PIB ? Il faut désormais rebâtir une économie réelle, enracinée dans les territoires et tournée vers l’innovation. Cela commence par la recherche, par la formation, par la revalorisation du travail manuel et industriel — ces métiers sans lesquels il n’y a ni progrès, ni dignité. Redonnons à chaque jeune la possibilité de se former à un métier utile, de trouver près de chez lui un emploi qui ait du sens, et de participer à la reconstruction du pays.
Cette reconquête exige une volonté politique claire : un plan décennal de réindustrialisation, des filières stratégiques soutenues par l’État, des règles stables pour ceux qui investissent et des protections pour ceux qui produisent. Elle suppose aussi un plan ambitieux d’investissement – qui ne pourra être qu’européen – avec une énergie abondante et décarbonée ainsi qu’un effort massif pour la formation et pour la recherche. Et partout, dans les territoires oubliés, des zones d’activité, des centres de savoir, des écoles de métiers, des mécanismes d’incitation aux investissements productifs, car l’industrie n’est pas un souvenir : elle est le socle de notre avenir. Un pays qui produit est un pays libre.
Mais au-delà des outils, c’est un esprit qu’il faut retrouver : celui du faire, du construire, du transmettre. Ce que la France a de meilleur — son intelligence, son ingéniosité, son goût de la précision et de la beauté, sa culture, sa passion des œuvres de l’esprit humain — tout cela doit de nouveau irriguer son rayonnement et notamment celui de son économie.
Dans chaque région, dans chaque bassin de vie, l’industrie doit redevenir une aventure collective, une promesse d’avenir. C’est ainsi, et seulement ainsi, que nous retrouverons la fierté de produire, l’indépendance de décider, et la liberté d’agir.
Rebâtir, bien sûr, ce n’est pas seulement fabriquer : c’est apprendre à durer. Il ne sert à rien de produire, si ce que nous produisons épuise ce que nous sommes. La puissance que nous voulons retrouver doit être une puissance responsable. Le dérèglement climatique n’est plus une menace lointaine : il bouleverse nos saisons, ravage nos forêts, fragilise nos récoltes et nos vies. L’écologie n’est plus une option morale : elle est la condition même de notre survie collective et de notre souveraineté. Il ne s’agit ni de ralentir ni de punir, mais d’inventer un autre modèle — celui d’une modernité qui réconcilie la nature et le progrès.
Nous devons engager une transition écologique à la fois planifiée et partagée, lucide dans ses choix, juste dans ses efforts. Elle suppose des priorités claires : la rénovation des logements pour réduire les émissions, la précarité énergétique et soutenir le pouvoir d’achat des plus modestes des Français ; la relance des transports collectifs pour désengorger nos villes ; la modernisation de l’agriculture pour qu’elle reste à la fois productive, respectueuse du vivant et de la biodiversité.
Cette transition appelle aussi une stratégie énergétique à long terme. Elle repose sur la complémentarité du nucléaire et des énergies renouvelables, deux piliers d’une même indépendance. C’est ainsi que la France redeviendra une nation d’équilibre : indépendante, écologique, et capable de répondre à ses besoins sans compromettre ceux des générations futures.
Chaque effort consenti pour le climat doit être un effort pour l’emploi, pour la vie locale, pour le lien social. Aucun territoire ne doit être laissé à l’écart. Une planification territoriale conduite avec les élus et les citoyens doit donner un sens concret à la transformation. Elle doit présider à un nouvel élan décentralisateur, à une mobilisation de l’Etat, se traduisant par une ambitieuse politique de déconcentration. Les élus des collectivités ont besoin d’un statut qui les définisse et les reconnaisse dans leurs missions et d’interlocuteurs attentifs au sein des administrations centrales et déconcentrées qui les accompagnent dans leurs projets. Car la transition écologique ne doit pas opposer les territoires aux métropoles, l’industrie à l’environnement, le présent à l’avenir. Elle doit les réconcilier dans un même projet de civilisation.
L’écologie comme grande cause du siècle, ne peut pas être punitive. Elle ne saurait culpabiliser les plus vulnérables. Elle aspire à être populaire, fraternelle, enracinée dans le réel. Elle aussi doit rassembler. Car protéger la planète, c’est protéger la vie ; c’est défendre la France telle que nous voulons la transmettre — une France souveraine, attentive à la vie sur la planète, juste et fidèle à son génie d’équilibre.
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Mesdames, Messieurs, Chères et Chers Amis,
La politique doit retrouver ce qu’elle n’aurait jamais dû perdre : le sens du réel et le sens de notre Nation. Si la transformation prendra des années, nous n’avons que quelques mois pour affronter l’urgence, la crise budgétaire, c’est-à-dire la dette qui nous plombe et les déficits qui la nourrissent, mais aussi le soutien du pouvoir d’achat des plus modestes. Il faut pour y parvenir promouvoir l’esprit de responsabilité et de compromis. Il faut aussi rompre avec la verticalité et faire des corps intermédiaires, des syndicats et des partis rétablis dans leur rôle, les partenaires d’une ambitieuse transformation de notre société.
Au-delà de l’urgence, nous devons tous ensemble offrir aux Français un horizon, un destin à la hauteur de notre nation. Et ce destin passe par l’éducation. Pour nous l’école est le lieu où tout commence, où se forge l’esprit critique et où chaque enfant apprend à devenir un citoyen libre et éclairé.
C’est l’école, qui a mis la justice au cœur de la France et du projet républicain. Pendant longtemps, elle a tenu sa promesse d’égalité réelle et de fraternité vécue. « Une nation se juge à la manière dont elle traite ses maîtres d’école », disait Victor Hugo. Aujourd’hui, nos enseignants sont épuisés, mal considérés. Parfois humiliés, ils se sentent parfois menacés. Les savoirs se perdent dans le bruit des écrans. Les inégalités se creusent. L’ascenseur social est à l’arrêt. Or sans école, il n’y a pas de République possible.
Alors, faut-il simplement réparer le système éducatif ? Non. Il faut le transformer. Car nous vivons une révolution anthropologique. L’intelligence artificielle et le numérique ne changent pas seulement nos outils : ils redéfinissent notre rapport au savoir, au travail, à la mémoire, à la conscience.
Des millions d’emplois seront menacés d’ici 2030, car la moitié des tâches sera automatisable. Les robots posent des briques, remplacent les caissiers, conduisent des camions. Mais là où certains ne voient qu’un péril, il y a aussi une chance : celle de libérer l’humanité des tâches répétitives pour lui permettre de se consacrer à l’essentiel — créer, innover, prendre soin d’elle-même et surtout de ses enfants.
L’école ne peut plus enseigner à côté de la révolution numérique ; elle ne doit pas non plus s’y perdre. L’enjeu n’est pas de choisir entre l’homme et la machine, mais de construire un monde où la technologie amplifie ce qui nous définit : notre créativité, notre éthique, notre capacité à donner du sens.
Comment y parvenir ? En redonnant à l’école sa mission fondatrice avec des enseignants mieux formés, mieux rémunérés, mais aussi mieux considérés. Des savoirs repensés à l’ère de l’intelligence artificielle : le code, l’éthique des données, l’esprit critique dès le collège ; la philosophie dès la classe de Seconde, bref le grand retour des Humanités pour réapprendre le doute et la nuance. C’est-à-dire le grand retour de la culture, de l’apprentissage des arts, de la découverte des oeuvres de l’esprit humain pour laisser s’épanouir cette sensibilité qui nous définit en tant qu’être humain et qui permet la rencontre avec l’autre, son respect et l’altérité. Et surtout, la maîtrise des outils : un service public de l’IA éducative, des laboratoires où la technologie et les humanités se répondent, cent mille enseignants formés d’ici 2030.
Aujourd’hui, la révolution numérique crée de nouveaux clivages. Un enfant de cadre a trois fois plus de chances d’accéder à une formation numérique qu’un enfant d’ouvrier. Est-ce juste ? Non. Il faut donc briser ce déterminisme social en garantissant à chacun l’accès aux savoirs du siècle. Refonder l’école, c’est aussi réparer la promesse territoriale : chaque enfant, où qu’il vive, doit avoir la même exigence, la même espérance, la même chance de réussir.
La formation professionnelle doit suivre le même mouvement. Demain, les métiers uniront compétences techniques et humanités : un plombier pilotant des robots, un infirmier utilisant l’IA sans perdre le lien humain, un agriculteur analysant des données tout en respectant sa terre. Cela suppose des CFA modernisés au rythme des innovations, des partenariats avec les branches industrielles, un droit à la qualification continue financé par une contribution sur les profits du numérique. Ce lien entre formation et production doit permettre à la France de préserver son industrie et de maintenir le plein emploi des jeunes. C’est cet esprit qu’il nous faut retrouver : une République qui enseigne le savoir, les grandes œuvres de l’esprit humain mais aussi la noblesse des métiers.
Oui, tout commence par l’éducation. Une éducation laïque, qui forme des citoyens libres et éclairés ; une éducation qui honore la mémoire de Samuel Paty, de Dominique Bernard, et de tous ceux qui, chaque jour, défendent les valeurs de la République ; une éducation qui, comme l’écrivait Jules Ferry, « doit être laïque pour être nationale » ; une éducation qui, en ces temps de doute et de fractures, nous rappelle une vérité simple : la raison, la science et le débat sont nos premiers atouts pour construire un avenir commun.
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La France ne se sauvera pas contre sa jeunesse. Ni sans elle, mais c’est par elle qu’elle se sauvera. Car notre continuité comme Nation, notre fidélité à l’histoire, la promesse de notre avenir suppose un flambeau que l’on transmet. Camus nous enseignait que : « La jeunesse est le miroir de l’avenir d’un pays. Si elle désespère, c’est tout un peuple qui perd son chemin. » Et ce miroir, aujourd’hui, nous renvoie une image d’inquiétude.
La jeunesse française souffre. De précarité, d’abord : des étudiants contraints à se priver d’un repas chaque jour, des jeunes actifs qui ne trouvent ni logement ni avenir stable, des apprentis qui renoncent faute de moyens. Elle souffre d’injustice, quand l’effort ne paie plus, quand le mérite n’ouvre plus de portes. Elle souffre enfin de solitude, dans un monde où le collectif s’efface et où la réussite se mesure à la surface d’un écran.
Nous devons lui rendre la possibilité de vivre, d’espérer, de se construire. Cela passe par des mesures simples : un plan pour le logement de la jeunesse, pour que chacun puisse habiter près de son lieu d’étude ou de travail ; une revalorisation des bourses et des aides étudiantes pour ceux qui en ont le plus besoin, afin que le savoir ne dépende plus des ressources familiales ; un revenu universel de formation pour ceux qui changent de voie ou se reconvertissent. L’apprentissage doit redevenir une filière d’excellence, dotée de véritables passerelles vers l’emploi et la qualification.
Lorsque l’avenir se rétrécit, lorsque l’effort ne mène plus à la dignité, la colère monte. Elle cherche des cibles, des dérivatifs, des échappatoires. Et dans ce vide se glissent alors la violence, le repli, et parfois la haine. Lina, quinze ans, poignardée pour avoir dit non ; Nahel, dix-sept ans, dont la mort a embrasé le pays ; Dinah, quatorze ans, poussée au suicide par le harcèlement. Ces drames disent une même détresse : une jeunesse livrée à elle-même, souvent sans repère, parfois sans secours, le plus souvent sans soutien.
C’est là, dans cette fracture morale autant que sociale, que s’enracine une part de l’insécurité qui nous ronge. L’insécurité n’est plus ce spectre lointain relégué aux marges des grandes métropoles. Elle s’est installée, tenace, au cœur même de notre contrat social, rongeant la confiance des citoyens dans la République protectrice. Ce n’est plus seulement la peur d’un danger abstrait, mais l’expérience quotidienne d’un État qui ne parvient plus à tenir son premier devoir : protéger et faire respecter l’ordre public.
Restaurer la sécurité, c’est d’abord restaurer la confiance. La République doit redevenir visible, non dans les chiffres, mais dans la vie quotidienne. Une police qui connaît les visages, comprend les tensions, agit avant que le pire n’advienne. Des équipes ancrées, formées, respectées, affectées et fidélisées dans des quartiers, qui parlent, préviennent, rassurent. Une force publique perçue non comme une autorité distante, mais comme la présence humaine et protectrice de l’État.
Briser le cycle de la délinquance suppose de la prévenir autant que de la punir. La répression sans prévention est un échec assuré. La délinquance naît dans l’abandon scolaire, le chômage, le vide d’horizon. Il faut des écoles qui n’excluent pas, des enseignants soutenus, des associations accompagnées, des entreprises engagées dans l’insertion, des structures d’accueil qui redonnent une chance à ceux qui chutent — et un sens à ceux qui se relèvent.
Et lorsque la République est attaquée, elle doit répondre sans trembler. Les trafics, les violences organisées, les féminicides, produits d’une violence abjecte, les économies parallèles ne sont pas des faits divers : ils sapent notre pacte social.
La réponse doit être implacable : des unités spécialisées pour démanteler les réseaux, des peines exécutées sans faiblesse, une justice respectée dans ses décisions et son indépendance, une coopération européenne accrue, car les filières de la grande criminalité n’ont pas de frontières. Pas de zones de non-droit, pas d’impunité : une République qui tolère l’illégalité et le trouble à l’ordre public perd sa légitimité.
Voilà notre exigence politique et morale. Une République qui protège n’est pas autoritaire : elle est juste. Et une République juste, toujours, est une République forte.
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Tout ce que nous pouvons entreprendre n’a qu’un objectif, et un seul : restaurer la souveraineté du peuple, sur lui-même, et sa maîtrise sur le cours des choses. Car la dignité perdue ne se restaurera pas sans un effort collectif pour reconquérir nos territoires perdus.
Aucune souveraineté populaire n’est possible dans l’injustice. Et l’injustice, nous la voyons partout : dans les écarts de salaires, entre les femmes et les hommes notamment, dans l’accès aux soins et aux services publics, dans la fracture entre les villes et les campagnes, entre l’Hexagone et l’outre-mer. Elle trouve l’une de ses racines, et peut-être une partie de sa solution, dans la justice fiscale. La justice fiscale n’est pas une affaire de chiffres : c’est d’abord une question de morale. Car qu’est-ce qu’une société où le travail peine à vivre quand la rente prospère ?
Aujourd’hui, l’impôt est devenu un labyrinthe, au nom même de la justice qu’il prétendait servir. Les réformes se sont succédé, ajoutant l’opacité à la complexité, sapant peu à peu le consentement des citoyens.
Le redressement du pays viendra moins d’une frénésie d’impôts et de taxes que d’une gestion rigoureuse de nos finances, fondée sur des choix politiques clairs et la préoccupation constante de la justice.
Nous en sommes convaincus, il n’y aura pas de redressement juste de nos comptes sans la contribution des plus hauts revenus à l’effort nécessaire. Mais il n’y aura pas de redressement productif si nous tarissons dans notre pays la source de l’investissement et de la modernisation de notre économie. C’est dans cet équilibre que réside la véritable justice, celle où l’effort commun se traduit en progrès partagé, où l’efficacité économique et la justice sociale se conjuguent dans une même ambition de redressement.
Quand tout vacille, quand tout est contesté, il faut revenir aux principes — ceux inscrits dans notre Constitution : la légalité, le consentement, l’égalité, la nécessité, l’annualité, la non-rétroactivité et l’intelligibilité. Ce ne sont pas des notions techniques : ils constituent le pacte tacite et puissant entre la Nation et l’État.
Et voici que la boucle se referme. En parlant de justice, nous retrouvons ceux du début : ceux qui, par calcul ou par cynisme, manipulent les colères au nom du peuple pour mieux fracturer la République. Certains veulent renverser le système, d’autres le déclarent perdu. Plus rares sont ceux qui veulent encore le sauver pour le transformant, pour l’adapter aux conditions du monde, tout en restant fidèles à ses principes fondateurs : la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
C’est ce choix — celui de la fidélité tranquille, lucide et courageuse, du refus de l’ombre — qui doit nous distinguer. Car renverser, c’est céder à la fièvre ; préserver pour refonder, c’est redonner toute sa force à notre Nation.
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Mesdames, Messieurs, Chères et Chers Amis,
Alors, aujourd’hui, qu’allons-nous choisir ? Encore les flammes des divisions ? Les cris des extrêmes ? Cette fièvre qui monte quand la raison s’efface, quand la colère se fait loi, quand le vacarme des invectives remplace le courage ?
Ou bien le sursaut ? Celui de la concorde, du travail, du courage tranquille. Celui de la France qui ne cède ni à la peur ni à la haine, mais retrouve la force d’espérer ensemble.
Oui, nous devons tous ensemble honorer la promesse de la France. Non pas la France des privilèges ou des postures figées, mais la France vivante : celle qui travaille et qui pense, qui soigne et qui enseigne, qui doute parfois, mais se relève toujours. La France plus grande que nous, qui nous dépasse et qui nous rassemble.
Vous l’avez déjà ressentie, cette promesse :
dans l’horizon d’une campagne au crépuscule,
dans le grondement de la mer, tantôt grise et rageuse, tantôt bleue et lumineuse,
dans la silhouette d’un village, dans la majesté d’un monument,
dans le geste d’une athlète embrasant la flamme olympique,
dans l’émotion d’un musée, d’un livre, d’un tableau, d’un poème,
dans le frisson d’une Marseillaise dans un stade,
dans la fierté d’un nom d’un Français, au générique d’un film étranger,
dans l’éclat d’une fusée qui s’arrache de notre sol,
dans l’audace d’une découverte portant la marque de notre génie collectif
dans la dignité des victimes du terrorisme jeudi dernier, face au jardin qui leur est dédié où ils nous redirent avec force que la vie que nous chérissons est plus forte et plus belle que la mort par laquelle les barbares cherchent à nous plonger dans l’effroi.
Oui, cette promesse est réelle. Elle est vivante. Elle est en nous. Mais une promesse n’existe que si elle est tenue : tenue par l’action, non par les mots ; par le courage, non par la résignation ; par l’audace, non par la nostalgie.
Alors, aujourd’hui, que chacun entende cet appel.
Si la fièvre nous guette, c’est par la clarté qu’il nous faut répondre.
Si la violence menace, c’est par la République qu’il nous faut tenir.
Si la dignité est bafouée, c’est par la justice qu’elle sera rétablie.
C’est notre devoir et notre honneur que d’y répondre : c’est cela la promesse et l’appel de la France !